vendredi 8 janvier 2010

Le camion – 4

Ce soir, le lac du Bourget a trouvé le moyen de s’agiter. Le vent glacial semblait provenir de la base des montagnes. Une petite tempête privée. J’ai trottiné le long du garde-fou, seul, transi, entre la foire d’amusements et l’eau noire. Les bâches du carrousel claquaient au vent, mes dents aussi. Vingt mètres plus loin, les arbres m’auraient abrité. Mais je ne voulais pas quitter le lac.

Une rêverie adolescente me prend parfois devant les grands espaces. Je me retrouve libre, exempt de passé et d’avenir, tel que je me concevais à quinze ans. Adulte, j’ai fui cet état. Un soi-disant devoir envers les autres et moi-même m’interdisait cette solitude, cette mort. Et voilà qu’à présent, plus vieux et lourd que jamais, je sauterais dans le lac, referais ma vie dans les montagnes, quitterais tout, enfin, jusqu’à ce qu’une mort, une renaissance, me permette de vivre un bonheur que je pressens depuis toujours.

Françoise dormait. L’odeur du salon m’a doucement serré la gorge. Quand le vent a cessé de résonner dans mes oreilles, je me suis assis. Longtemps, j'ai regardé le sol. Puis, je l’ai rejointe dans son lit. Mes yeux se sont fermés : je connaissais cette chaleur froissée. Auprès de ma mère, j'ai enfin dormi.

mardi 5 janvier 2010

Le camion – 3

J’ai perdu l’habitude des grands espaces. Du bras droit, j’atteins le poêle électrique; du gauche, je pousse la porte des cabinets. À deux pas, c’est la chambre, une pièce-lit, sans plancher, cernée d’étagères menaçantes. Françoise n’en sort jamais, ou presque. Quant à moi, je retrouve dans la cuisine-salon un vide suffisant pour m’apaiser. Je dors peu, le plus souvent le jour. Jamais dans la chambre.
Nous avons aussi une chambre d’amis. Une absurdité qui gonfle notre véhicule, lui confère des allures d’astronef. Les voisins de camping, mystifiés, nous visitent parfois. Ils s’étonnent de retrouver la même étroitesse que chez eux.
Depuis l’achat, nous n’avons rien changé à la deuxième chambre. Les draps blancs et secs du matelas ont un peu jauni. Qu’espérions-nous? Adopter une famille, un voyageur? Nous avons voulu fuir une absence; nous la traînons lourdement avec nous.

jeudi 17 décembre 2009

Le camion – 2

Elle se lève, la tête comme un blizzard. Elle grelotte dans sa robe de chambre, se sert un verre d’eau, ne boit pas.

-Tu ne devrais pas écrire si tard, ça te gâche le sommeil.

Sa main gelée sur mon épaule.

-Et puis on part demain, la route sera glissante.
-On aurait dû choisir l’Espagne. Ici c’est trop froid, je dors mal.

L’eau fait siffler l’évier. Le verre ponctue :

-Ben moi, seule, j’ai froid.

En silence, la porte se referme. L’apparition de cette vieille femme me surprend toujours. Sans doute l’écriture m’entraîne-t-elle dans un autre temps, ou plutôt dans un temps sans temps. Je nous y conçois comme des prototypes de nous-mêmes, jeunes et sereins.

La voir ainsi, pesante et plissée de sommeil, me consterne. Je lui donne mon amour, sans doute, mais pas si vite, pas si vieux! Quelles étapes de ma vie ai-je sautées pour l’achever ici, ou devrais-je dire nulle part, en errance continuelle dans cette prison roulante? Je repense à cette photo, au bord d’une rivière, où elle tient son chapeau à deux mains, souriante, radieuse. Ses aisselles fuient sous ses cheveux. Puis, très vite, je range cette photo dans ma tête pour la garder intacte.

La lente et évidente destruction de ma mémoire me donne un vertige. Je n’arriverai plus à écrire ce soir.

vendredi 11 décembre 2009

Je tente ici un nouvel exercice : improviser un texte. Cette pratique comporte son lot d'écueils, mais je veux voir comment les personnages peuvent s'inventer au fil des mots.

...

Le camion - 1

Je ne me rappelle plus du jour où nous avons décidé de partir. Sans doute vaquions-nous dans cette maison, elle à s’occuper du ménage et moi des archives – je consacrais des heures obsédantes à l’organisation de nos traces : photos, lettres, cadeaux s’empilaient dans des boîtes en carton portant chacune un nom. Mariage. Espagne. 10 avril 1991. Je me rappelle parfaitement bien, toutefois, du 10 avril 1991. Ce jour-là, nos photos en témoignent, il faisait un temps radieux à Prague. Nous avions marché de longues heures, jusqu’au sommet de la colline royale. La fatigue nous égayait plus qu’il n’est convenable pour un couple de notre âge. Un jeune étudiant nous photographia en rougissant. Notre baiser continuait de rouler dans tous les sens. Il posa notre appareil sur le garde fou, puis disparut. Nous reste à présent cette image de nos corps enivrés, tordus au bord du vide, captée à l’instant où notre fils frappait le ciment du trottoir à Paris. Depuis ce jour, si dense qu’il combla plus tard une boîte d’archives, je n'accepte plus le mot défenestrer. Écraser évoque trop bien cette mort qui aspire au sol, s’y incruste.

Ce que je sais, c’est que nous avons décidé de partir d’un accord tacite. La vente de cette maison, notre maison, s’est réglée dans une absurde absence de douleur. Les boîtes y sont restées, perdues à jamais. Parfois, je dis à Françoise que j’ai perdu la mémoire, que je ne sais plus mon nom. Alors elle m’embrasse. Jusqu'à quand me contenterai-je de cette réponse ?

samedi 28 novembre 2009

les aises
que j'ai prises
ne s'en sont pas
plaint

dimanche 22 novembre 2009

on me visite comme un musée
on prend ma terre battue
pour du prélart

...

il y a ces reliques
mots-images-promesses
qui parlent
qui s'organisent

ne les regardez pas
tournez-vous
touchez-moi
je suis là où vous ne voulez pas me voir

...

L'homme se surprend à emprunter le sentier où, enfant, il jouait. Il reconnaît la disposition des arbres et des grillages. Sans avoir vraiment changé, ce coin de verdure a acquis un ordre calme, une politesse : il ne veut plus jouer.

...

je n'ai plus peur
c'est arrivé
j'ai tout à perdre et je le perds
lentement
chaque jour

mardi 17 novembre 2009

dans notre chambre-spectacle
j'ai mes habitudes
sérénades correctes
poliment applaudies

...

notre plaisir
a le teint mat
des planchers usés

...

je te caresse
comme on couche une flamme
brasier-tapis
où je m'essuie

...

nous voudrions arracher notre peau
brûler ce lit
qui nous a engraissés
de sueur et de matins huileux

...

tu n'aimes pas rester ici mais tu y restes
tu prophétises des bonheurs domptés
où je suis père-héros-dieu

mardi 3 novembre 2009

Bonjour chers pouets.
J'ai mis à jour mon blog bd avec des petites planches toutes simples.
Je compte d'ailleurs alimenter ce blog plus régulièrement dorénavant.

C'est là : www.maxouelsmart.blogspot.com

mercredi 30 septembre 2009

nous voulons savoir
comment ne plus vouloir
devoir vouloir
lourd
devoir
nous attendons
le coeur en rêve
la mort éternelle
je m'arrête
entre nous
j'allume
une cigarette
nous
étouffons
je respire


...


je crie du yogourt
ça motonne aux orées
ça coulisse aux jointures
des bulles roses
poussent en grappes à ma bouche
tu m'embrasses et tu dis ouache
t'es ben collant